2h 47. La soirée se termine. Touche à sa fin. Sans qu’encore une fois, personne ne m’ait vue. Bien sûr, on m’a parlé, on a même plaisanté avec moi, mais qui m’a vraiment vu ? Personne.
Je drape mon étole autour de mon cou. Je sors dans la rue blanche. Seule. Je frissonne. Rentrer chez moi. Fermer la porte de l’appartement. Oublier. Un tour de clé. Ne pas craquer. Ne pas pleurer.
Devant le miroir, la salle de bain. Une sorte de lumière clinique, blafarde, qui éclaire mes traits. Mon visage. Banal. J’enlève mes boucles d’oreilles, une à une. Puis le collier. Mes bagues. Un peu de démaquillant sur le coton, pour enlever rimmel, rouge à lèvres , blush. Tous ces artifices qui ne me servent à rien. Je ne serai jamais jolie. Encore moins belle. Je n’ai rien de ce qui fait une beauté classique, des traits irréguliers, un nez trop fort, … Tout ce qui pourrait me sauver, c’est mon regard. Mais il est triste, fatigué.
Je me rêve à sa place. Elle. Lumineuse, radieuse. L’objet de toutes les attentions, l’étoile de la soirée. Le monde à ses pieds. Et moi, éclaboussée par toute cette lumière. Un vermisseau dans l’ombre, dans l’éclipse. Pouvoir avoir rien qu’une fois son corps, mince et flexible, son cou gracile, son visage parfait, ses grands yeux. Quitte à ce qu’ils soient vides. Quitte à n’être qu’une enveloppe. Mais arriver dans une pièce, et plaire. Simplement. Sans toutes ces procédures compliquées.
Au fur et à mesure de la soirée, j’ai observé les rapprochements, les complicités. Moi, en dehors. Les ” encore seule ?”, les ” toujours pas de chevalier servant ? ” qu’on m’adresse. Ma gêne absolue devant ces gens qui ne me sont rien, et que je voudrais étriper autant qu’aimer. Ces gens dont je voudrais être aimée. Mais…
Je me sers un verre. Encore un. Je ne les compte plus. Ils me mentent. Me donnent l’illusion d’une présence, d’une chaleur. L’or liquide qui coule au fond de ma gorge. Rassurant. Les glaçons qui tintinabulent, comme le bruit d’une présence. C’est si facile à croire. Fermer les yeux et se laisser griser, berner. Avoir. Envahir, comme débordante d’amour entre des bras rassurants . Lovée pour toujours, acceptée.
Aimée.
Comme jamais.
L’eau peu à peu remplit la baignoire. Je m’y laisse glisser. Je n’en peux plus. De tout ça. De cette mascarade perpétuelle, des moqueries, d’être seule. Noyer tout ça.
C’est pour ce soir. C’est inévitable. Tout est prêt. Personne ne me regrettera vraiment. Peut être qu’en jetant une poignée de terre, quelqu’un aura une pointe de tristesse. Mais rien de plus.
Alors, je fais glisser la lame. Puis appuie. Un peu plus fort. Il coule.
Rouge. Vivant.Impérieux.
Puis tout devient peu à peu comme dans un rêve.
Rose. Poudré. Ouaté.
Les lumières s’éteignent.

7 comments
Comments feed for this article
novembre 25, 2008 à 6:44
netzah
C’est beau… j’adore.
novembre 25, 2008 à 8:27
sand
Merci Netzah, je croyais que tous les commentateurs étaient morts
novembre 25, 2008 à 8:57
netzah
Tu remarqueras que les rares fois où on poste un truc sérieux, les gens ont une vague tendance à s’abstenir.
DU CUL ! Voilà tout ce qu’ils veulent !!
novembre 25, 2008 à 8:58
netzah
(bon maintenant j’attends les réactions :p)
novembre 25, 2008 à 8:59
lilitrash
On m’appelle ???
novembre 25, 2008 à 9:01
sand
ouais bon…
enfin
oui
novembre 26, 2008 à 4:20
zan'
…oui mais moi je trouve pas de mots à poser quand ça serre mon cœur avec autant d’émoi.