Lever de soleil

Lever de soleil

Ca fait des heures qu’on discute en chuchotant, toutes les deux. Des heures dans une semi obscurité. Dans cette chambre, le temps a couru plus vite. On est presqu’adultes déjà. Un pays étranger, un peu magique, plein de légendes, les sons gutturaux d’une langue inconnue, et puis cet endroit. Où on nous a amenées pour nous montrer la beauté des paysages suédois. Comment décrire? Un ensemble de petis chalets, disséminés le long de l’eau. Une sorte d’île parmi les îles. Un endroit encore sauvage, pleins de brumes et de mystère. Pourtant acceuillant.

Comme le pays tout entier, froid au premier abord, glacial même. Et puis quand on prend le temps d’arpenter les rues de Gamla Stan, quand on se perd dans les méandres de la vieille ville, quand on visite le Vasa, on sait. Et on est conquis. Par la culture, la gentillesse, la beauté des lieux … On se laisse griser par le froid, on tend son visage vers l’avant pour sentir la morsure du vent sur ses joues. C’est juste beau et simple.

Ca nous a traversé comme une évidence. Découvrir la Suède, les paysages presque vierges, c’est aussi entrevoir ce que sera notre vie bientôt. Ce qu’on voudrait en faire. Ce qui en sera. Faire quelque chose, pour figer cet instant. Pour qu’on se rappele des émotions qui là nous inondent. Etre à la fois terriblement adultes et pleinement adolescentes. En quelques mots, et quelques sourires, l’histoire est réglée. On sait.

Viens, me dis tu. Tu te déshabille devant moi sans aucune gêne. Après tout, on se connaît depuis si longtemps. Je fais de même. Les aréoles de tes seins, plus sombres,se détachent de façon précise sur ta peau. Je te suis sous la douche. J’observe le jeu de l’eau, les goutelettes s’accrochant à tes épaules, à tes flancs, brillantes sur ta peau de black. Tu es belle, et je te le dis. Sans y voir aucune ambiguité. Juste la proximité de nos corps reflètant celle de nos esprits. Je frictionne ton dos, ta peau élastique. Nous profitons ensemble de la chaleur de l’eau, de cette intimité, de ce plaisir innocent. Chaste même. Mais il faut bien rompre le charme.  Il fait froid. Vite, se frictionner, enfiler une tenue confortable. Se serrer quelques instants pour se réchauffer. Je prends ta main, et nous sortons.

C’est la nuit. Enfin, la fin de la nuit. Le soleil va bientôt se lever. Courons. Il faut trouver un endroit d’où observer, contempler. La cadence de nos pieds s’accélère, le souffle court, nous arrivons sur un ponton, répéré pendant la journée, au gré de nos errances. On s’y installe, jambes repliées sous nous, visage tourné vers l’est et l’eau, épaule contre épaule.

Sans un mot, on attend. Pas besoin de parler, on sait. Enfin, le voilà. Le disque rougeoyant, plein, qui jette ses reflets sur l’eau. C’est intense. Savoir qu’on est toi et moi, seules devant lui, et toute notre vie qui s’annonce.

C’est profond, sensuel, quasi mystique.

Ca ne dure que quelques minutes, mais c’est resté gravé.

Un souvenir pami d’autres, peut être.

Ou finalement, peut être LE souvenir.

Un lever de soleil, un jour, en Suède.

Le lever de soleil sur notre vie d’adulte.

Crédits photos: Happyrach8 sur Flickr