D’aussi loin  que je me souvienne, j’ai toujours eu un problème avec les “filles”. Très solitaire toute gamine, préférant la compagnie des bouquins à celles des humains, alors que des clans rose paillettes se formaient de toutes parts, je m’isolai, sous un banc, dans le réfectoire, dans le bus, en marchant. Les livres me faisaient grandir, pleurer, rire. Et je me méfiais comme la peste des filles. De celles qui vous tirent les cheveux, ne comprennent pas que vous vous intéressiez plutôt à des auteurs (morts la plupart du temps) qu’à la dernière façon de porter du gloss (brillant?  à paillettes?, irisé?).

Puis, je me suis sociabilisée un peu. Mais tempérament entier, caractère affirmé, et grande gueule de facade ne s’accomodaient pas exactement de la retenue prude et fausse des jeunes filles de quatorze ans, qui en réalité, étaient pour la plupart déjà de rouées garces. J’ai donc développé plutôt des amitiés masculines. Une bande de potes. Ou mon franc parler n’étonnait personne. Et en même temps, permettait de dissimuler les trucs les plus intimes. Une bande de garçons, ça pavane, ça roule des mécaniques, ça irrite, ça joue les matadors. J ‘ai fait pareil. Avec une paire de seins en plus. Je ne me suis confiée réellement à persque personne. Sauf à une. Il n’y a eu vraiment qu’une fille à qui j’ai pu, un peu faire confiance. Ca s’est très mal terminé. Et j’ai résolu de ne plus me laisser berner. En amour comme en amitié, de ne plus me dévoiler.

Jusqu’au jour où…

Elle. Une sorte de coup de foudre amical. La sensation pour la première fois que je n’avais pas à jouer un personnage, que je n’avais pas à tricher, à feindre d’être choquée par des blagues osées (parce que les filles, ça rit pas des choses sales), ou à jouer les caïds infaillibles. Juste être moi. Et qu’elle soit elle. Le feeling du début s’est expliqué par la suite. Des parcours similaires, une façon assez ressemblante d’envisager les choses et les gens, des failles communes, le même humour. On ne sait pas à quel point il est important de partager le même humour. Et rare. Parce qu’avec elle, même émue aux larmes, même pas en forme, même énervée, je ris quand même. Elle a le don  rare de me faire relativiser. Elle me tire vers le haut. Elle m’amène vers des endroits de moi où je n’aurai pas pu aller sans elle. Elle me donne confiance. En elle. Et en moi.

Elle est écoute, douceur, sensibilité, équilibre. Folie douce parfois. Le genre de petit délire qui fait du bien, de celui qui amène de la fantaisie et du piquant au quoidien. On peut parler de tout, absolument. Avec elle, rien n’est tabou, rien n’est trop difficile à évoquer. Même des choses dont je n’aurai pu parler avec personne d’autre. Elle ne me juge pas. Jamais.

C’est sûrement aussi une histoire de bon moment, de bonne personne. La rencontrer un peu plus tôt n’aurait sûrement pas eu le même effet. Parce que je n’aurai pas été prête. Parce que je me serai méfiée.

Elle connait des choses très intimes de moi, dont la simple évocation serait impossible avec n’importe qui d’autre. Elle sait. Et je crois qu’elle me fait assez confiance pour être pareille avec moi.

Nous n’attendons rien l’une de l’autre. Et c’est pour ça que notre relation est belle. Parce qu’elle ne se construit que dans l’échange, l’écoute, la patience, les éclats de rire, l’émotion, …

Alors maintenant, je crois que je peux le dire:

Bonjour, je m’appele Sand, je suis une fille, et j’ai une amiE.